16/10/2014

* SECRETES LICORNES DES MERS

Dans la mer de Baffin, aux portes de l’océan Arctique, voici le plus mal connu des cétacés répertoriés sur notre planète : le narval. Patronyme de légende : licorne des mers. Originalité du mâle : une longue dent d’ivoire en vrille fichée dans la joue gauche. Au Moyen Age, les navigateurs vendaient fort cher l’attribut mythique du narval. Les apothicaires le recherchaient : réduit en poudre, il avait la réputation de neutraliser tous les poisons et d’enrayer l’épilepsie. En Russie, en Orient, en Asie, on convoitait cet appendice comme un véritable trésor. La fameuse lance sert encore d’ornement dans les temples d’Extrême-Orient et, jusqu’en 1950, elle a été vendue comme drogue au Japon. Maintenant, le trafic de cet ivoire est interdit et les cétacés recensés ne sont pas menacés d’extinction. C’est le mammifère marin le plus septentrional du monde.

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A l’écoute de la vie de famille et des duels d’ivoire

Le mystère qui entoure cet animal tient essentiellement à son habitat. Le narval se sert de sa dent comme d’un radar. Il envoie et reçoit des ondes pour communiquer avec d’autres mâles, naviguer et trouver sa nourriture. En période d’accouplement, au printemps, le ton doit monter car ces animaux réputés peu agressifs croisent souvent l’ivoire pour la possession d’une femelle, au grand risque pour elle d’être blessée. Quinze mois plus tard, un bébé d’un mètre cinquante et de 80 kgs va naître dans la relative chaleur des fjords. Deux paires de dents se développent dans la mâchoire supérieure. Chez le mâle, seule la dent supérieure gauche deviendra une superbe lance d’ivoire. Le veau tétera sa mère pendant vingt mois et, si l’environnement s’y prête, un autre petit naîtra trois ans plus tard.

Rapide, agile et inoffensif : tel serait le narval. Trois qualités pour le moins inattendues chez un cétacé pourvu d’une si gênante extrémité. Il lui arrive de donner des coups de dent involontaires mais parfois mortels à ses congénères.

En formation serrée, ils avancent lentement, la tête hors de l’eau, la dent reposant sur le dos de celui qui les précède. S’ils nagent l’un à côté de l’autre, ils se poussent avec le ventre. Lorsque deux mâles se rapprochent, ils pointent leur tête vers le bas ou sur le côté, comme pour éviter le contact. Malgré tout, nombre de narvals sont retrouvés avec la dent cassée ou ébréchée, remettant quelque peu en question le caractère passif de ces mammifères que les récits de marins décrivaient culbutant les chaloupes et éventrant les baleines.

 

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Pour les esquimaux, la chasse au narval se meurt

 

A l’occasion de brusques changements de température, des narvals mâles ont été retrouvés emprisonnés dans la glace. Leur dent leur permet-elle de la casser ou de fouiller les fonds marins pour trouver les morues, les flétans et les crevettes dont ils sont friands ? Mais dans ce cas, les femelles devraient mourir de faim ! … Pour les esquimaux, cet ivoire, que l’on ne peut plus exporter, est devenu un sous-produit, un simple trophée de pêche. Au Canada, une fois harponné ou tiré au fusil, l’animal hissé sur la banquise est immédiatement découpé et dépecé. La dent est souvent reconvertie en harpon. La peau, ou muktuk, riche en vitamines C est la friandise des habitants des terres de Baffin. Les Groenlandais, eux, se rassasient de la chair. La graisse fournit l’huile pour éclairer et chauffer la longue nuit hivernale. Les nerfs donnent un fil solide et flexible. Enfin la carcasse fait les délices des chiens de traîneau. 

 

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