15/12/2014

* LE TAMBOUR

Instrument par excellence de l’âme et de la tradition africaines. La nature est une musique. L’eau qui tombe, le vent dans les feuilles, une porte qui claque, une fenêtre qui grince, des moutons qui bêlent, des gens qui parlent, le vacarme de la rue ou le silence de la chambre. Toute la vie est musique à qui sait entendre. Les tout-petits apprennent déjà la leçon, installés sur des tabourets, devant des tam-tams plus hauts qu’eux. Visages sérieux, ils serrent très fort leur baguette. « Un, deux, trois, les baguettes claquent. Le tambour qui ponctue tous les événements de la vie est une science.

 

le tambour

 

 

Un instrument qui fait vibrer le cœur, le corps et l’âme africaine

A l’origine du rythme, il y a les femmes qui pilent le mil dans le mortier. Les coups de pilon donnent les sons graves et aigus. Ainsi est né le tambour. C’est tout simple, c’est la vie ! Mais là s’arrête la simplicité. Car l’Afrique possède autant de tambours qu’elle a de tribus, autant de rythmes que de villages, que d’états d’âme, que de situations, que de langages, puisque le tambour est le véhicule sonore de toute l’existence africaine. Les bruits de la nature sont représentés à l’état pur, tels que l’arbre ou l’animal les émet, l’instrument s’attachant à les restituer le plus fidèlement possible. C’est en quelque sorte de la musique concrète.

 

le tambour

 

De là une grande variété de formes, de matériaux, de constructions, d’utilisations. Du simple moyen de communiquer des messages d’un village à l’autre aux cérémonies marquant les étapes importantes d’une vie, le tambour résonne. Il peut être vénéré comme un dieu, sinon être Dieu lui-même. Ce langage se module selon la forme de l’instrument et selon la frappe du tambourinaire. Le tambour d’aisselle, par exemple, transmet le message en le parlant, le musicien reproduisant les notes les plus proches du registre de la parole. Ce langage tambouriné se retrouve aussi dans les tambours à une seule peau de l’ouest de l’Afrique. Ils se regroupent souvent pour former une batterie, tout en gardant chacun leur spécificité tonale. La percussion ainsi formée se joue dans des conditions bien précises.

Au Sénégal, avant de toucher le lambe, un tambour qu’on ne sort que si le roi a quelque chose de grave à annoncer, on apprend le gonrog, plus petit, avec un son plus clair, qui sert à faire des annonces. Puis le sabar, un tambour très haut, très élancé, pour les messages lointains. Mais il y a aussi le m’beng m’beng, le khine, le tamal. Un grand batteur passe par tous ces tambours. A chaque tambour correspond un rythme que l’on peut jouer de mille façons différentes, variables selon les individus. Il faut des années pour passer d’un rythme à l’autre, d’un tambour à l’autre. Seule certitude, cette science se ressent, plus qu’elle ne s’apprend. La magie des pulsations, qui collent à la peau, courent le long du dos et frappent au ventre, enivre autant l’esprit que les sens. Car le tambour, c’est le battement du cœur, d’Afrique ou d’ailleurs ; difficile d’en parler, il faut l’écouter.

 

le tambour

 

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