01/08/2015

* LES NAUFRAGES DE LA PREHISTOIRE

Les tortues luths sont les plus grandes tortues du monde. Elles habitent l’océan. Mais chaque année, des femelles se risquent hors de leur élément pour pondre dans les sables de la Guyane française. Venues y donner la vie, elles y trouvent souvent la mort.

Les côtes de Guyane se transforment parfois en cimetières. Les urubus, de petits vautours, se disputent les meilleurs morceaux d’une femelle d’une demi tonne tuée par les pêcheurs. Ailleurs, d’autres tortues luths s’éventrent sur des souches pointues, s’enlisent dans les marais ou sont desséchées par le soleil. Quand elles sont retournées par les vagues, il est rare qu’elles en réchappent.

 

les naufragés de la préhistoire

La tortue luth ne donne aucun soin à ses rejetons

En pleine nuit, sur la plage, la femelle creuse un nid profond de 80 cm. Elle y dépose une centaine d’œufs. Après avoir rebouché le trou, elle regagne aussitôt le large. L’incubation, c’est la chaleur du sol qui s’en charge. Mais beaucoup d’œufs n’éclosent jamais. Deux mois plus tard, dans l’obscurité des sables, les petites percent leur coquille à l’aide d’une « dent » qu’elles portent sur le museau. C’est en groupe, les unes forant, les autres tassant, qu’elles se hissent, en plusieurs jours, jusqu’à la lumière. Elles émergent alors comme des champignons. Aussitôt elles rampent vers la mer, en processions pataudes, proies faciles pour les rapaces, les chiens, les caïmans ou les crabes. Rares sont les survivantes qui pourront enfin pratiquer la natation, pour laquelle elles sont manifestement bâties.

 

les naufragés de la préhistoire

La pondeuse rejoint la mer, elle est sauvée

Chaque parcours sur la plage est pour la tortue luth un chemin de croix ; ses pattes ne sont pas faites pour marcher. Elle ne sait ni reculer, ni « braquer » pour éviter un obstacle et son cerveau de cinq grammes ne lui permet guère d’initiatives. On suppose que les adultes parcourent ensuite de cinq à dix mille km dans les océans, en suivant les bancs de méduses dont elles se nourrissent. On ne connaît presque rien de leurs amours car les mâles ne viennent jamais volontairement à terre.

 

Elles dépassent parfois 2 mètres et 800 kgs

A leur naissance, elles ont le poids d’une alouette, à l’âge adulte, celui d’un cheval. La même proportion que chez les dinosaures. Plus de dix mille bêtes ont été immatriculées. Hélas, beaucoup d’entre elles perdent ensuite leur marque dans l’océan.

 

Tortue luth ou tortue cuir ?

La tortue luth doit son nom au naturaliste français Daubenton qui, en 1769, la baptisa ainsi en raison de sa forme et en souvenir d’une légende grecque ; le dieu Hermès aurait inventé l’instrument de musique du même nom en tendant sur la carapace d’une tortue géante les intestins d’un bœuf qu’il avait volé au dieu Apollon. Cependant un autre zoologiste la nomma « tortue lyre ». La mythologie lui donne raison : Hermès a toujours passé pour l’inventeur de la lyre et non du luth. Les anglophones la nomment « tortue cuir », en raison de la peau qui recouvre sa carapace osseuse. Toutes les autres tortues de mer : la caouanne, la tortue verte, la tortue imbriquée, l’olivâtre sont, elles, couvertes d’écailles.

 

les naufragés de la préhistoire

 

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