22/08/2015

* LA RIVIERE ASSASSINEE

Il existe 282.000 km de cours d’eau en France. Rares sont ceux qui ne sont pas touchés par cette lèpre de notre temps : la pollution. Mais, au cœur du pays aptésien, dans le Vaucluse, l’une des plus belles régions de France, les hommes ont véritablement assassiné le Calavon. De sa source à son embouchure, cette « eau vive » est devenue égout.

 

la rivière assassinée

 

C’était une si jolie petite rivière. Sentant bon la lavande des champs qu’elle arrose, dansant sur les cailloux, musardant de trou en trou, jouant avec les castors, les truites et les écrevisses. Des villages aux noms chantants la regardent couler. Ils s’appellent Oppedette, Sainte-Croix …

 

la rivière assassinée

 

On l’aime au point de lui avoir donné deux noms. Les gens d’ici l’appellent le Calavon, mais sur les vieilles plaques des ponts qui l’enjambent on peut aussi lire parfois le Coulon.

 

la rivière assassinée

 

La jolie petite rivière n’existe plus. Elle a été assassinée par les hommes, leurs déchets, leurs industries, leur insouciance et leur inconscience.

« L’hypocrite Calavon », surnommé ainsi en raison de ses brusques colères qui inondaient la vallée et dont la dernière remonte à 1962, prend sa source près de Banon, dans la Haute-Provence, à 800 m d’altitude. Il se jette dans la Durance, 80 km plus bas, au nord de Cavaillon. Jusqu’à Apt, sur la première moitié de son cours, dégringolant des gorges d’Oppedette ou paressant dans la plaine de la Bégude, c’est un joyeux torrent à l’eau cristalline. La vie y abonde : grenouilles, écrevisses, alevins, truites, gardons y voisinent avec des colonies de castors, les couleuvres qui s’y baignent, les martins-pêcheurs qui y plongent.

 

Apt : le torrent devient poubelle

Du haut des « trois arches de Jules César », vingt siècles d’histoire contemplent deux décennies d’immondices. Le pont Julien, construit avant notre ère, est situé à cinq km en aval d’Apt, capitale mondiale du fruit confit, où commence le problème. Cette industrie est tellement polluante qu’Apt pollue autant qu’une agglomération de 135.000 âmes. Sur plus de 40 km, le Calavon n’est qu’un égout pestilentiel, charriant tous les déchets imaginables. A Cavaillon, ce sont les surplus de fruits invendus que l’on rejette directement dans la rivière. La couleur de « l’eau » varie de jour en jour : les sucres de fruits, le sang des abattoirs, l’huile usagée des stations-service s’y mélangent constamment avec le tout-à-l’égout de la ville d’Apt.

 

la rivière assassinée

 

 

La haut cours du Calavon abrite une des dernières colonies de castors de France. Ce sont les anges gardiens de la rivière ; leurs barrages créent des retenues d’eau où se concentre, en période de sécheresse, la survie de la rivière. 

la rivière assassinée

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