05/03/2016

* UN VIEUX GREEMENT

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La Bretagne, c’est un nom qui sonne comme un paquet d’embruns s’écrasant sur les rochers. Un pays de rudes marins qui savent aussi partager leur savoir-faire avec ceux qui s’y intéressent.

Embarquement sur l’An Durzunel.

Armorique, « le pays entouré par la mer ». Ce morceau de Bretagne se confond tellement avec l’immensité liquide qu’il en a pris le nom. Dès le Mont Saint-Michel, qui étrangement se trouve encore en Normandie, on pénètre dans la démesure. Dans cette baie gigantesque, terre et mer se mélangent au gré de marées qui montent parfois à la vitesse d’un cheval au galop. De l’autre côté, on atteint Cancale, réputée pour ses huîtres plates.

 

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Hissez haut !

Petite halte à la pointe du Grouin pour un petit-déjeuner breton. De là, la vue embrasse toute la côte. A l’ouest, un paysage typiquement breton où la contrainte du vent et du sel ont limité la végétation. A l’est, autour de la baie plus protégée, la côte apparaît bien arborée. La mer y est plus calme et ressemble plus à une grande piscine. Tout autour de la pointe, par contre, les courants se font violents et on peut observer la peine qu’éprouvent les bateaux à remonter le courant.

Mais la vraie aventure commence sur la petite plage de Port-Mer, d’où nous embarquons d’abord sur un zodiac avant de grimper à bord de l’An Durzunel, un joli lougre de Loguivy, solide réplique en chêne et en pin de ceux qui naviguaient ici dans les années 1850. Des navires qui servaient surtout à la pêche au crabe. Boucles blondes, peau tannée et regard acéré, son fier capitaine dirigera son noble équipage avec calme et rapidité. Les présentations faites, la grande voile marron s’élève doucement vers le ciel à la force des bras.

 

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Huîtres et muscadet

Il faut toute la science de la mer du capitaine pour manœuvrer l’An Durzunel. Parés à virer ? Parés, répondent les marins. On attrape la corde du foc et on tire de toutes ses forces pour l’enrouler. Un tour, deux tours, trois tours … Le lougre tourne vent de face. Parés à empanner ? Parés. Et voilà que le lougre change à nouveau de cap.

Le navire glisse sur l’eau droit devant. L’Art Durzunel a été bâti en 1984. Avec ses 6,6 mètres de longueur et 2,5 m de largeur, il a été le premier en France à être issu de plans anciens. D’île en rocher aux oiseaux, après une heure de voile, nous naviguons en plein milieu de la baie. Il y a notamment l’îlot le Châtellier ou encore l’île des Rimains, propriété d’une famille d’industriels qui y vient régulièrement en villégiature. Nouvel instant magique lorsque le capitaine jette l’ancre près d’un gros rocher peuplé d’oiseaux marins. Cormorans, goélands et aigrettes virevoltent au-dessus de nous.

Après l’effort, voici venue l’heure de déboucher le muscadet et d’ouvrir les huitres, de tartiner un morceau de baguette avec du beurre salé et de terminer ce festin par un morceau de kouign-amann (gâteau au beurre très sucré). Ivres d’iode et de grand large, l’équipage met maintenant le cap vers la plage pour un retour sans moteur et sans vapeur, la plus belle façon d’appréhender la mer …

 

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